Les élections européennes 2024 du 9 juin ont confirmé une métamorphose du paysage politique en France. Avec un score historique de 31,36 % pour le Rassemblement national, soit 7,7 millions de voix (+ 2,5 millions depuis 2019), le scrutin a tourné à l’avantage de l’extrême droite. Cette vague s’est traduite par 30 sièges sur 81 au Parlement européen, éclipsant les formations traditionnelles. Ce résultat inédit bouscule la donne après la ratification du Traité de Maastricht en 1992.

Une percée historique du Rassemblement national

Le RN de Jordan Bardella n’a cessé de grignoter des suffrages depuis 2014.

  • 31,36 % des voix (7,7 M) en 2024, contre 23 % en 2019.
  • 30 sièges obtenus, sur 81 dévolus à la France.
  • Hausse de 2,5 M de votants en cinq ans.

Par contraste, la liste de la majorité présidentielle emmenée par Valérie Hayer plafonne à 14,60 % (13 sièges). Le tandem Raphaël Glucksmann / Place publique réalise 13,83 % (13 sièges). Les Républicains chutent à 7,25 % (7 sièges), tandis qu’Europe Écologie-Les Verts atteint péniblement 5,50 % (5 sièges), leur plus faible performance depuis 1994.

Pourquoi le RN a-t-il progressé autant ?

La montée du RN s’explique par plusieurs facteurs convergents :

  • Contexte économique (inflation, pouvoir d’achat en baisse).
  • Sentiment anti-élite, renforcé par la montée des réseaux sociaux.
  • Mobilisation dans les zones rurales et périurbaines (vote protestataire).
  • Euroscepticisme croissant face à la crise migratoire et climatique.

D’un côté, la défiance vis-à-vis de Bruxelles s’amplifie. Mais de l’autre, le RN a su professionnaliser sa campagne, jouant sur le registre sécuritaire et social. À titre personnel, je constate depuis vingt ans un glissement régulier des opinions publiques vers la souveraineté nationale.

Quel impact au niveau européen ?

Les tendances françaises s’inscrivent dans un mouvement plus vaste :

  • En Allemagne, l’AfD culmine à 15,90 %, un record pour les nationalistes (source interne).
  • En Autriche, le FPÖ atteint 25,70 %, devançant les sociaux-démocrates.
  • En Pologne, la Coalition civique de Donald Tusk triomphe à 37,1 % contre 36,2 % pour le PiS, mettant fin à sept victoires consécutives du parti conservateur.

Ces résultats signalent une poussée de l’extrême droite et des partis eurosceptiques. L’érosion des groupes historiques (PPE, S&D) crée une recomposition inédite à Strasbourg. Sur le plan personnel, je perçois une fracture grandissante entre un centre pro-européen en quête de renouveau et des franges populistes en quête de repères nationaux.

Qu’est-ce que ces résultats signifient pour l’Union européenne ?

La montée des forces souverainistes pose plusieurs défis :

  • Frein aux réformes majeures du pacte migratoire et de la politique climat.
  • Blocage potentiel sur le budget pluriannuel (2028–2034) et la politique agricole commune.
  • Renforcement du dialogue Nord–Sud (Italie, Espagne) contre l’axe Berlin–Paris.

Historiquement, chaque crise (choc pétrolier de 1973, crise de la dette en 2010) a redonné du crédit aux mouvements anti-système. Aujourd’hui, la fragilité des institutions européennes (Commission, Conseil) se trouve sous le feu des critiques. Toutefois, l’hymne à la joie de Beethoven résonne toujours comme un appel à la solidarité transnationale.

Mon expérience de journaliste m’incite à souligner que l’enjeu ne se limite pas aux chiffres, mais à la capacité des eurodéputés à construire un projet commun. Les thématiques connexes – souveraineté énergétique, politique culturelle, relance industrielle – seront bientôt au cœur du débat. Pour prolonger l’exploration de ces dynamiques, je vous invite à partager vos réflexions et à découvrir nos analyses sur la géopolitique européenne et la gouvernance internationale.