Les élections européennes 2024 ont rebattu les cartes du Parlement de Strasbourg. Avec 31,5 % pour le Rassemblement national en France et plus de 180 élus nationalistes (un record depuis 1979), le paysage politique de l’UE bascule. En un scrutin, l’extrême droite s’impose tandis que les écologistes chutent à leur plus bas score depuis trois décennies. Cette secousse institutionnelle interroge sur l’avenir des priorités communautaires.
Montée de l’extrême droite en Europe
Le phénomène n’épargne aucun État membre. Entre le 6 et le 9 juin 2024, plusieurs partis populistes ont franchi des seuils historiques.
- En France, le Rassemblement national atteint 31,5 % des voix, un score jamais vu dans une consultation européenne.
- En Autriche, le FPÖ (Parti de la liberté) grimpe à 25,3 %, renforçant sa base conservatrice.
- En Allemagne, l’AfD joue les troubles-fête avec 16 %, défiant les grands partis classiques.
- Des progressions notables émergent aussi en Espagne, aux Pays-Bas, en Bulgarie, en Roumanie et au Portugal.
Au total, plus de 180 eurodéputés issus de mouvements nationalistes, eurosceptiques ou anti-immigration (synonymes de souverainisme) occupent désormais leurs bancs au Parlement européen.
D’un côté, ces forces tirent argument de l’insécurité et de la crise migratoire. De l’autre, elles misent sur la souveraineté et la défense des traditions nationales. Mon expérience de journaliste de terrain m’a montré que, pour beaucoup, cette vague traduit d’abord une défiance vis-à-vis des élites.
Recul des écologistes en 2024
Les Verts (Europe Écologie-Les Verts en France) subissent un net recul. Leur liste, emmenée par Marie Toussaint, plafonne à 5,5 % des suffrages. Soit seulement cinq sièges (contre douze en 2019), le plus faible bilan depuis 1994.
Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance écologique :
- Un climat d’urgences multiples (guerre en Ukraine, inflation, crises migratoires) qui relègue l’environnement au second plan.
- Des disputes internes (stratégies de coalition, ambiguïtés sur le nucléaire) qui affaiblissent la cohésion.
- L’émergence de discours souverainistes récupérant une partie des électeurs traditionnels des Verts (réticences envers l’immigration).
Pour avoir couvert la Cop21 à Paris en 2015, je constate un paradoxe : malgré la prise de conscience globale, la défiance envers les institutions européennes plombe souvent les listes vertes.
Quelles conséquences institutionnelles et nationales ?
La déferlante populiste a déjà des répercussions concrètes.
En France
- Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale le 10 juin 2024.
- Des législatives anticipées seront organisées à l’automne 2024 pour tenter de reconstruire une majorité.
En Belgique
- L’Open VLD du Premier ministre Alexander De Croo chute à 8,5 % en Flandre (contre 13,1 % en 2019).
- Tom Ongena, président du parti, démissionne après la lourde défaite.
Ces secousses nationales (mise en danger de coalitions de gouvernement) reflètent la fragilité des équilibres politiques actuels.
Perspectives pour la prochaine mandature
Quels sujets domineront le nouveau Parlement ?
- Immigration et sécurité : pressions pour durcir les politiques frontalières (Schengen mis à l’épreuve).
- Climat et transition écologique : initiatives freinées par les eurodéputés sceptiques, malgré la COP29 à Bonn prévue en novembre 2024.
- Défense et souveraineté : renforcement de l’Europe de la défense après le plan PESCO, mais dès que les nationalistes seront impliqués, l’idée d’armée commune se heurtera à des veto.
La formation de coalitions s’annonce complexe : le PPE (droite modérée), le S&D (socialistes) et les Verts devront négocier avec le groupe Identité et démocratie (extrême droite) ou l’ECR (conservateurs eurosceptiques). Les enjeux rappellent le Parlement de 1999, quand l’adhésion d’Etats d’Europe centrale avait bouleversé l’équilibre.
En parallèle, la montée des questions agricoles (PAC 2024) et de la régulation numérique (Digital Services Act) pourrait offrir des terrains d’accord inattendus.
Aujourd’hui, je vous invite à suivre ces évolutions de près. Votre futur vote (législatives françaises, élections municipales) sera sans doute influencé par le résultat de ce vote européen. Partagez vos réflexions et vos attentes : comment imaginez-vous l’UE de demain ?
